La vision de Doris

Régulièrement cette réflexion « mais il voit ! », intervient dans la conversation. Non Doris ne « voit » pas mais ça rassure les gens de le penser. Même dans le milieu de l’art, le bruit a longtemps couru qu’il voyait.

Son œil droit est mort. Son œil gauche a moins de 1/100° de vision sur un champ limité et sans profondeur de champ. C’est-à-dire, sans pouvoir percevoir de formes. Doris a une simple perception du jour et de la nuit. Il peut percevoir une lueur devant lui, comme la luminosité d’une fenêtre dans une pièce sombre. Il ne peut pas évaluer la forme de cette « perception lumineuse », ni sa distance et ne peux pas non plus la fixer.

« Je vous rassure tous, dit Doris, je suis très heureux d’avoir ce centième de vision. C’est une aide précieuse pour moi par rapport à du noir total. Cela m’aide par exemple à « re-imaginer » ce qui est autour de moi. Si j’ai quelque chose devant moi, j’ai souvent l’impression de le voir. Mon imagination utilise les images stockées dans ma mémoire lointaine pour me recréer des images mentales qui se substituent aux images actuelles manquantes. Quand je me promène au bord de l’eau en étant dans le noir total, par exemple quand mes yeux sont enflammés ou qu’une luminosité trop fort m’oblige à garder les yeux fermés, je marche sans prêter attention à cet environnement. Mais si j’aperçois une zone lumineuse dans mon « obscurité », tout de suite j’imagine la rivière, les arbres qui l’entourent et une scène entière se crée dans mon esprit stimulé par mes autres sens. Comme trop de lumière m’oblige à fermer les yeux, je porte en permanence des lunettes orange. Des lunettes foncées me mettent dans le noir total.

Quand je sculpte, tout mon mental est fixé sur mes mains. Toute ma concentration est sur ce que mes mains touchent. Mon imagination et mon passé de voyant me permettent de créer des images dans ma tête. Pour moi, elles deviennent réelles. Et je pense que mes doigts m’indiquent une foule de détails que j’ai envie d’améliorer et que vos yeux ne voient pas. Du coup, je travaille si longtemps sur mes sculptures qu’elles appellent le contact et la caresse, tant je les lisse avec amour. »

  • Prochaine exposition

    Festival de Magné – Marais Poitevin

    Samedi  22 et Dimanche 23 Juillet 2017

  • M.T. CORTINA

    "Habituellement, quand on regarde un tableau, une sculpture dans son aspect extérieur visible, à partir de là, on "imagine’’ ce qu’a pu percevoir l’artiste. La plupart du temps on ne fait d’ailleurs que percevoir nos propres réactions à cette vision. Chez Doris, sans doute à cause ou grâce à sa cécité, ce mode classique est dérouté et nous laisse un moment perplexe. Lui, après une période où il montrait ses souvenirs de "voyant’" nous montre désormais uniquement les "lignes de force" qui chez les autres artistes sont cachées. Il s’agit donc ainsi de ses "lignes de force" personnel, ce qui le soutient, le pousse et le tire vers le haut, vers l’essentiel, sa "cause". Peut-être même la cause de tout être vivant, manifesté à travers ses actes, ses exigences, sa nature profonde et fondamentale, bref, sa juste note, son juste son. Il est lui."
  • Marc BATTESTINI Historien d’art :

    "Sculpter est l'art ou la manière, selon le talent ou le génie, de transformer la matière, d'y imprimer sa marque créatrice. Par une mystérieuse alchimie de pensée, la main exécute ce que l'œil contrôle. Ainsi s'inscrit dans l'espace qui est aussi celui du temps, la forme, synthèse de l'esthétique aboutie. Pour Doris, le mystère reste entier car seule la main exécute. Comment imaginer alors qu'il n'y ait pas transformation mais transmutation? Là réside toute la force envoûtante de son œuvre."
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